Vous savez bien que ce sont les meilleurs qui partent les premiers, ce qui explique que je sois déjà de retour après mes vacances. Aujourd'hui j'avais l'intention de vous parler d'art. Celui avec
l'enfilade de A accentes circonflexés, celui qui se différencie de l'artisanat ambiant qui ne fait que répéter les mêmes recettes pour fabriquer sa soupe tiède. Mais finalement, sauf mon respect,
je m'interpelle sauvagement : c'est quoi l'art ?
Trouverait-on l'art dans le talent ? Car s'il est vrai que de nombreux cuisiniers ou architectes ont du talent, de nombreux prétendus artistes n'en ont pas. Le talent, à entendre ici comme maîtrise
technique, suffit-il à faire de quelqu'un un artiste, quand les chanteurs de karaoke photocopient parfois à l'identique, quand les escrocs-peintres font des faux plus vrais que nature (morte) ?
L'escalade de cinq octaves, la capacité à vomir ses notes pendants plusieurs dizaines d'instants seraient des manifstations de l'art ? Dans ce cas, Ayumi Hamasaki n'est pas une artiste.
Trouverait-on l'art dans la créativité ? Car s'il est vrai que de nombreux graffeurs ou chorégraphes sont créatifs, de nombreux prétendus artistes ne le sont pas. Est-ce que l'art se trouverait
dans cette entreprise louable de la création qui mène le poète à réinventer, à se réinventer, à offrir des envolées nouvelles, à donner à entendre ce qu'on ne nous offre pas ? Un monochrome peint à
1913, un morceau aux sonorités inédites seraient des manifestations de l'art ? Dans ce cas, Ayumi Hamasaki n'est pas une artiste.
Trouverait-on l'art dans le commerce ? Car s'il est vrai que les VRP ou autres gibiers de potence sont capables de miracles, il est dur d'imaginer dans la manoeuvre sournoise institutions plus
rôdées que certaines majors japonaises. La sortie d'un single en 4 éditions, la multiplication des albums de remixes, les calendriers de sortie quasi-immuables, les tournées annuelles alors que
seuls changent les costumes, la surabondance de produits dérivés seraient des manifestations de l'art. Dans ce cas, Ayumi Hamasaki est une grande artiste.
Ce ne sont pas les cons éreintants, dont la sensualité ne transparaîtrait pas à travers une bourka en résille, de l'extrêmisme hamasakien -a-t-on déjà vu plus borné et à côté de la plaque depuis le
général Gamelin en 1939-1940 ?- qui vont me contredire.
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