Dimanche 10 mai 2009
Mises à part les personnes très sensées qui arrivent sur ce blog en émettant le délicat souhait que YUI ferme sa gueule, je ne sais pas vraiment pourquoi vous venez sur ce blog, et à vrai dire, je m'en fous presque. J'arrive à imaginer que c'est pour la qualité exceptionnelle de mes montages ou pour mon humour subtil dont le cynisme le dispute à ma flamboyante plume. Aujourd'hui, je me permets une digression puisque cet article ne devrait rien contenir de tout ça, et que je vais tenter d'être sérieux cinq minutes. Parlons un peu de musique.

Je crois que la musique japonaise a un problème. Je ne parle pas ici des horreurs glorifiées à longueur de pages sur myjpopworld ou du gros nez de Nami Tamaki, mais on pourrait quand même commencer par là, parce qu'après tout, c'est par là que nous commençons presque tous à écouter de la jpop. Nous avons tous dans nos cartons (et probablement même dans nos icônes pour la grande majorité d'entre nous) une ribambelle de produits sans grand talent (voire sans talent du tout) qui ont pour eux l'avantage de l'exotisme. Ayumi Hamasaki (et je ne cite clairement pas la pire) et consorts n'ont pas de grandes ambitions artistiques et hormis les damnés du bon goût persuadés que Mirrorcle World est un morceau expérimental et audacieux, n'apportent pas grand chose d'autre qu'un plaisir simple et immédiat. Et après tout, ce n'est pas un problème, tout le monde a besoin de s'aérer l'esprit et chacun voit midi à sa porte. Tout auditeur de musique n'a pas pour ambition d'être, sitôt le bouton play enfoncé, bouleversé par une démarche artistique inédite, et le fait d'apprécier un morceau pour ce qu'il est est en soi une raison suffisante. La pop japonaise concentre une quantité phénoménale d'ignobles merdes, est très rarement créative et est presque toujours étouffée sous un conformisme poussiéreux qui lui donne dix bonnes années de retard sur sa référence, la pop anglo-saxonne, la faute à un grand public japonais aux goûts sclérosé et à la demande peu pointilleuse. Cependant, elle offre souvent l'avantage d'être divertissante, ne tirons donc pas sur les ambulances. Le problème est ailleurs que dans la pop "mainstream", qu'il ne faut pas voir pour ce qu'elle n'est pas (de la bonne musique), et tient pour grande partie, je pense, au manque de culture musicale des Japonais.

Je repousse dès maintenant l'argument que l'on pourrait m'opposer si on avait le courage de lire cet article jusqu'ici : la musique japonaise est destinée à des Japonais et n'a pas à être jugée par des critères occidentaux, ce à quoi j'oppose à mon tour un argument. La production japonaise utilise globablement les mêmes règles musicales que la musique occidentale, dont elle s'inspire (pour ne pas dire "qu'elle pompe"), et l'existence d'artistes -pour le coup- très doués au Japon prouve de toutes manières qu'il est possible, même en s'adressant au marché japonais, de faire preuve de talent.

Revenons au manque de culture, et à ses conséquences, directement visible dans deux genres majeurs ayant presque toujours perdu toute substance après leur traversée du Pacifique : le rock et le rap. Porteurs d'un sens et d'une histoire, ces deux genres sont de magnifiques exemples de la catastrophe qu'est le tamis japonais. De ces deux mouvements, les Japonais n'ont finalement compris et repris que l'attitude. Des innombrables révoltes que contient l'histoire du rock, les Japonais n'ont assimilé que le vernis à ongle noir (cf Anna Tsuchiya), des revendications sociales du hip-hop (certes, le hip-hop américain n'est plus souvent porteur de ces revendications), ils n'ont retenu que les casquettes et les attitudes simiesques. Dans les deux cas, ils ont digéré, évacué les déchets, et assimilé un résultat light et sans saveur aucune. Le résultat en est pour le moins paradoxal, puisque l'on s'est retrouvé avec des groupes à l'apparence extrême fournissant des mélodies mièvres, avec par exemple le visual kei (ceci est également arrivé aux USA avec Kiss et l'ensemble du Glam Rock, mais n'a jamais eu, contrairement au Japon, valeur de règle). Je ne parlerai pas ici de tout l'aspect commercial (pourtant très lié), juste une remarque sous forme de question : peut-on se revendiquer comme un groupe de rock quand on aligne les génériques d'animes (au delà même de l'aspect artistiques d'ailleurs) ?

Mais finalement, on reste ici dans un cadre purement commercial. Ces groupes n'ont pas plus d'ambition artistique que ceux du premier paragraphe. Ils se contentent de jouer la même soupe tiède et dégueulasse que leurs collègues. Rentrons plus profondément dans la bouse si vous le voulez bien.

Que reste-t-il quand, comme moi, et la majorité des gens de mon âge qui ont déjà quelques années de jpop au compteur, on finit par réaliser qu'il y a peu à attendre du marché "mainstream" japonais ? On essaye de se tourner vers l'alternatif, et le tableau n'est en fait guère plus reluisant. Je ne veux pas me mettre à dos mon avis Van, mais il est même possible que beaucoup des Japonais se réclamant d'une lignée alternative rajoutent à leur manque évident de talent le pêché d'orgueil. Leurs fans sont d'ailleurs souvent assez grattinés dans leurs propos, en particulier ceux des habituels compositeurs de musique d'animes (on y revient) dans la lignée de Yoko Kanno, Yuki Kajiura ... Si il est vrai que Kanno a composé nombre de thèmes marquants en situation, sa production n'a pas grand chose de créative ou d'originale (elle est même connue pour ses "emprunts"). Difficile, quand on fonctionne principalement sur commande, de bouleverser l'art, et finalement, les choeurs grandiloquents posés sur des envolées de cordes du thème d'Escaflowne, pour poignants qu'ils sont dans la série, n'en restent pas moins des moyens efficaces destinés à souligner une action et s'appuyant sur des recettes archi-connues et franchement un peu poussiéreuses. Reste que la plupart des compositeurs du genre passent leur temps à se vautrer assez piteusement dans le mauvais goût avec une accumulation défiant toutes les règles de la musique de sonorités qui jureraient même jouées à trois kilomètres les unes des autres : "et que je te mets un choeur tribal, ça ira forcément avec les nappes de synthé, je suis pas très sûr pour l'accordéon mais je préfère le garder, sinon je devrais retirer la soprano". Et je crains de ne pas vraiment caricaturer.

Et pour en revenir à la fois à nos artistes alternatifs et au manque de culture, j'ai l'impression que c'est paradoxalement chez eux que ces carences se ressentent le plus. On peut prendre l'exemple de la très mauvaise Akiko Shikata, à laquelle Van a fini par convertir plusieurs auditeurs dont le bon goût reste par ailleurs largement contestable, ceci expliquant cela. Du reste, même Van le dit : Akiko Shikata c'est too much et mal digéré. Je rajouterais que c'est de très mauvais goût et particulièrement agressif pour les oreilles. Et c'est le problème de beaucoup de nos artistes alternatifs : quand ils n'insultent pas les oreilles de leurs auditeurs avec des bouillies particulièrement bouffies d'une solennité surexagérée dans la plus grande tradition des thèmes de RPG (j'aime beaucoup les RPG, ce n'est pas le problème), ils le font insolemment avec une abondance de revendications d'influences dont ils n'ont rien compris. Faut-il avoir exploré tous les bruitages de son clavier, tous les sons de sa banque du même nom, pour fournir un travail recherché ? Quand à côté, le travail sur la composition est parfois franchement minime au mieux, prétentieux au pire, je préfère infiniment écouter quelqu'un comme Ikuko Harada, dont la musique est sobre mais infiniment plus recherchée et moins bâclée.

Je pense que j'ai dit ce que j'avais à dire pour cet article.
Par Ananda - Publié dans : Décryptage
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